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18 novembre 2021
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PORTRAIT D'ALUMNI THIERRY DAHER ISG 92, CEO ET FOUNDER POSITIVES SOLUTIONS//CO-FOUNDER @SURFASANA.COM, d'une vie de startupper à New York à une fondation pour venir en aide à la population en République Dominicaine !

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Florence Delsaux : Bonjour Thierry, pouvez vous nous parler de votre carrière en quelques mots après votre sortie de l'ISG?

 

Thierry Daher : Bonjour Florence ,  J'ai commencé mon premier job pendant ma dernière année ISG en 1991/92. J'ai débuté comme consultant export pour une petite boite de conseil a New York, filiale d'un grand groupe français. J'y ai passé 4 1/2 ans et en suis devenu le patron au bout de 3 ans. Mais je n'étais pas d'accord avec ma hiérarchie notamment pour des questions de salaire. J'en suis donc parti des que j'ai eu ma carte verte et j'ai pris 6 mois de vacances sac au dos en Amérique centrale avant de revenir à NY en juin 1996 pour y créer ma première startup.

 

 

 

FD : Vous avez monté plusieurs start up à New York qu'est-ce qui vous passionnait dans l'entrepreunariat et pourquoi être resté à New York? Cela était il plus facile d'être serial entrepreneur à New York qu'en France.  ?

 

TD : J'avais un peu de mal avec l'autorité et la hiérarchie. Donc créer ma propre startup (on appelait ca PME à l'époque ;-) me permettait de ne pas avoir de patron direct et de n'en vouloir qu'a moi-même en cas de problème. Et puis NY a toujours eu cet aura du "tout est possible"; ce que n'avait pas la France à mes yeux à l'époque. Et surtout il y avait ce nouvel outil qui se développait a la vitesse grand V et dont tout le monde voulait un morceau sans trop savoir pourquoi...l'Internet. Je ne suis pas sûr avec le recul que ça ait été plus facile à NY, mais en France à cette époque-là on parlait encore du Minitel...Donc il n'y avait pas vraiment de comparaison possible. Et, c'était définitivement plus drôle, plus fascinant et plus rapide à NY. Faire des affaires a NY est un peu plus simple qu'à Paris, même si il n'y a pas la même protection sociale, ni les aides,...On a pas à passer la moitié de son temps à travailler pour l'État ou à remplir des formulaires. C'est en tout cas ce que je pensais à l'époque.

 

 

 

FD ; Un jour vous décidez de tout quitter pour une nouvelle aventure en République Dominicaine..... Pouvez vous nous parler de votre activité actuelle?

 

TD : Je suis parti de NY après 26 ans car j'en avais fait le tour: 4 startups (dont 2 sorties correctes), 1 société de production de films, beaucoup de fêtes et de rigolades, 400 sauts en parachute... J'avais épuisé les raisons qui m'avaient attiré la bas. La ville a perdu de son attrait au fil du temps : en devenant plus sure d'un point de vue sécuritaire, elle a perdu en poésie ce qu'elle a gagné en commercial. Tout est très cher maintenant, les loyers sont inabordables, et la vie nocturne est devenue une machine à cash. Il ne s'agit plus de s'amuser mais de dépenser. Fini les block party improvisées, les concours de rap dans une librairie de quartier, les after hours qui ouvraient de minuit à midi....

 

Donc un beau jour j'ai décidé que ça serait plus sympa de surfer tous les jours plutôt que de prendre la ligne A du métro à Brooklyn ou même ma moto sur le Brooklyn Bridge. Et cela m'a amené assez vite en République Dominicaine, qui est une des iles les plus belles et les plus authentiques que je connaisse. Et des vagues tous les jours à Cabarete, toute l'année. Je continue à y faire des affaires à distance, en tout cas je le faisais jusqu'au COVID. Mais en Mars 2020 quand les frontières se sont fermées, la population de la petite ville ou je vis, Cabarete, et qui dépends à 70% du tourisme, s'est retrouvée sans travail, sans protection sociale et donc en situation de disette alimentaire extrêmement précaire en 48h. Et il a fallu nourrir ces gens très vite. En quelques jours nous avons monté une ONG avec quelques amis, mis en réseau la plupart des organisations caritatives de la région, levé de l'argent et créé une sorte de "startup humanitaire et sociale" avec laquelle nous avons nourri plus de 10.000 personnes depuis: Cabarete Sostenible. Mais nous avons aussi créé des jardins communautaires, une pépinière et avons maintenant une ferme de 15 hectares pour que la population apprenne à se nourrir elle-même et nous permettre de "scale up".

 

 

 

 

 

FD : Comment voyez vous l'évolution de ce que vous avez entrepris aujourd'hui en faveur de la population de République dominicaine qui comme vous l'avez si justement dit est bien loin de la carte postale de la plage et des cocotiers ?

 

TD : Notre objectif (en bons startupers) n'est pas seulement de nourrir nos voisins, mais de changer le monde (tout simplement ;-). La République Dominicaine, comme la plupart des pays touristiques pauvres, est soumises au diktat des grandes multinationales comme le Groupe Marriott, le Club Med, les grands tours operators, etc. Ces derniers maintiennent la population locale dans un état de misère économique (le salaire minimum ici est de moins de 200 euros/mois) tout en les faisant travailler 6 jours par semaine et en utilisant la corruption des instances politiques locales pour construire en dépit du bon sens environnemental. Bref un bel exemple de colonialisme version XXI ème siècle. Donc pour dénoncer cela je suis en train de produire et réaliser un documentaire pour raconter cette situation unique et faire bouger les consciences. Sortie prévue en 2022.

 

 

 

FD : Votre fondation pourrait elle donner lieu à une extension à d'autres îles où l'on retrouve les mêmes clivages entre la population et les touristes ?

 

TD : Notre idée ici est d'inventer de nouveaux modèles économiques et sociaux, les tester, et de les partager avec le monde. Et la situation ici est la même que partout dans les Caraïbes, aux Iles Canaries, en Asie du Sud Est, en Afrique, etc....Donc oui, exporter ce que nous avons fait ici est dans la lignée de nos objectifs. Et j'espère aussi qu'en attirant l'attention des touristes occidentaux sur la situation humanitaire dont ils sont en partie responsables cela permettra de faire évoluer les consciences, et donc le monde, dans un sens plus positif.

 

 

 

FD :  Enfin, auriez vous un souvenir de l'ISG que vous souhaiteriez partager ?

 

TD : J'en ai tellement et de très beaux....Mais celui qui m'a le plus servi depuis 30 ans est le poème que j'avais choisi comme sujet de mon mémoire de fin d'étude (j'ai oublié l'auteur mais pas les mots):

 

"Le monde est un tyran dont je fais mon esclave, Du poids de sa censure accablant qui le craint, Il se laisse enchainer par celui qui le brave."

 

 

Merci Thierry !

 

L'équipe d'ISG Alumni 

 

 




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