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PORTRAIT D'ALUMNI : THIERRY F CONSIGNY, ISG PROMO 84, EXECUTIVE DIRECTOR@CYBER PATENT Ltd, PRESIDENT ASIA-PACIFIC @QUESTEL SAS, ELU A L'ASSEMBLE DES FRANCAIS A L'ETRANGER AU JAPON, DEPUIS 35 AU JAPON, IL NOUS PARTAGE SON EXPERIENCE !

05 décembre 2023 Association
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Florence Delsaux : Thierry, Bonjour, Quel a été ton parcours à la sortie de l’ISG ?

 

Thierry  F Consigny : Bonjour Florence. Eh bien, à ma sortie de l’ISG, j'ai travaillé pour une entreprise française, Vachette SA qui m'a tout de suite envoyé en Corée et depuis la Corée, je suis parti au Japon où je suis maintenant depuis pratiquement 35 ans.

 

 

FD : D'accord, et qu'est-ce que tu fais comme métier ou qu'est-ce que tu as fait ? Je sais que tu as plusieurs activités.

 

TC : Je suis président de plusieurs sociétés du groupe Questel, qui est un groupe dans l'intelligence artificielle et la propriété intellectuelle.

 

 

FD :  Tu es très engagé bénévolement sur des associations. Qu'est ce qui t'a donné cette envie de de faire pour les autres et d'être présent et d'être toujours dans une dynamique constructive et empathique ?

 

TC : En fait, quand on est français, quand on vit à l'étranger, on met son enfant à l'école, on participe à la vie de l’association des parents d'élèves, on est aussi actif dans des associations francophones. Et finalement cela m’amené tout d'un coup à mettre les pieds à l’étrier pour un mandat politique. On m'a demandé de me présenter, ce que j’ai fait et j'ai été élu, je suis actuellement élu, indépendant, pour la 3e fois à l'Assemblée des Français de l'étranger qui aujourd’hui représente les Français du Japon et d'Asie pacifique. Et pourquoi j'ai accepté ? Pourquoi je le fais ? C'est peut-être mon côté boy scout.*

 

 

FD : Peux-tu parler de ce qui a déclenché ton envie de vivre à l'étranger ?

 

TC : A l’ISG j’ai effectué le cycle national, j’ai terminé en 1984. Dans la vie associative, je m'étais impliqué dans la taxe d'apprentissage. Comme je m’étais beaucoup impliqué avec quelques autres, le directeur de l'école de l'époque, Monsieur Jack Forget, nous a offert les frais de scolarité  pour l’EUA  San Francisco et donc c'est ça qui a commencé à me donner un peu la bougeotte, sachant aussi que lorsque je que je suis rentré à l'ISG notre séminaire d'intégration avait lieu à New York, on était parti à plusieurs centaines d'élèves à New York, donc c'est vraiment L’ISG et ces activités internationales qui m'ont donné à la bougeotte, même si je suis rentré initialement dans un cycle national.

 

 

FD : Tu es au Japon depuis 35 ans maintenant. Qu'est-ce qui te plaît dans ce pays ? Qu'est-ce qui fait que tu y es resté ?

 

TC : Ça aurait pu être les États-Unis, ça a été Tokyo. Pourquoi ? Écoute, c'était vraiment un choix qui a été fait consciemment puisqu’après plusieurs mois à San Francisco, j'ai eu la possibilité de venir en Inde, en Corée, etc…et surtout de voyager beaucoup au Japon, plus la Corée et à ce moment-là, dans les années 80, bien sûr, l'économie américaine était prospère, mais c'était aussi « le Japon qui gagne », le Japon qui achète la Warner Brothers, le Japon, c’était Sony, des entreprises qui étaient vraiment en plein essor. Le Japon était le pays où on devait être et donc j'ai décidé d'y rester. L’opportunité initiale qui m’a fait venir au Japon, en fait, c'est l'Union européenne qui proposait à de jeunes professionnels s'ils avaient envie de participer à une année et demie dans un programme entièrement payé par l’Union Européenne, afin de se familiariser à la langue, et au business à la japonaise et quand j'ai vu que ce programme existait, j'ai candidaté au nom de mon entreprise, et après plusieurs cycles d'interviews j'ai été accepté. C'est ce qui m'a fait venir au Japon pour un an et demi où j'étais payé pour apprendre le japonais du matin de 09h30 à au soir à 16h00 pour ensuite passer 6 mois dans de grandes entreprises en abordant les sociétés de commerce. Et c'est vraiment ça qui m'a permis de faire ce que j'appelle souvent, un atterrissage en douceur. Depuis, j'ai appris la langue, je me suis familiarisé au Japon, j'ai mon networking d'amis et j'aime ce pays. L'éthique du travail, mais aussi la qualité japonaise, tout ce qui est certainement aussi le fait que les amis japonais sont très loyaux sont toujours là. C'est un pays dont j’aime beaucoup, la culture, les paysages….

 

 

FD :  Alors justement, ça me permet de rebondir sur ma question suivante, est-ce que tu peux nous parler un peu de la business étiquette au Japon qui est totalement différente de de la France, de l'Europe même d'autres pays d'Asie et du clivage en fait, ce qui étonne toujours les gens quand on regarde le Japon, Il y a un côté très ancestral  de certaines choses et un côté totalement moderne, je dirais à la limite entre guillemets déjanté qu'on voit le côté manga, par le look des japonaises, par les influenceuses, et cetera….y a-t-il deux mondes au Japon ?

 

TC : Ce que j'aime dans la mentalité japonaise, donc c'est certainement le fait que lorsqu'on a noué une relation avec des contacts d'affaires avec une société des individus, c'est une relation qui sera pour le long terme où on se respecte mutuellement. On peut se voir de temps en temps mais cette relation qui s'établit, qui est basée sur la confiance est destinée vers le long terme, ce qui fait que on a vraiment de la part des Japonais une loyauté, une fidélité qui  m’est très chère. Quand je commence une relation, j'aime bien pouvoir connaître les gens, pouvoir travailler ensemble en confiance et je travaille ici au Japon avec des gens que j'ai connu il y a 30 ans, mais je fais tous les jours de nouvelles connaissances, on se voit, on s'apprécie et c'est vraiment ce que j'appellerais cette chimie qui existe entre les Européens, les Français et les Japonais qui est appréciable lorsqu'on travaille ici et quand tu me disais 2 mondes, en fait moi je pense que c'est un monde. C'est un monde japonais où la modernité, s’allie parfaitement avec la tradition. On peut très bien voir une jeune femme en kimono qui traverse la rue et qui est en train de pianoter sur le dernier iPhone ou smartphone à la mode et qui est en train de vendre du Bitcoin ou de publier sur Instagram, donc il y a cette alliance de la tradition et de la modernité qui est vraiment particulière au Japon et qui n’est pas du tout antinomique. On voit dans d'autres parties du monde l'affrontement de 2 mondes, des anciens, des modernes, des jeunes mais ici non. Au Japon, on a plutôt une belle alliance entre la tradition et la modernité. Ils sont très sérieux dans le travail, mais dès qu'on les connaît un peu, qu'on rentre un petit peu dans leur monde, on arrive à passer de bons moments ensemble à avoir de bons moments où le sérieux du travail n’a plus sa place, ça c'est sympa.

 

 

FD : En fait, je te posais cette question parce que j'ai fait une interview d'un alumni qui était en Thaïlande il n’y a pas longtemps et il me disait au niveau du travail, on ne discute pas l'ordre des anciens, on ne discute pas un ordre de la hiérarchie, on n'aborde pas certains sujets. Est-ce que c'est la même chose au Japon ?

 

TC : Ici Il y a quand même des cultures d'entreprise qui sont très différentes. Et donc selon que tu es dans une grande entreprise, Panasonic, Toyota, Hitachi où là c'est très pyramidal où là il y a une structure qui fait qu’effectivement la structure tient par la discipline, par l'autorité. On sera certainement dans cette non-discussion comme tu l'as décrite, où on ne remet pas en cause ce qui vient du haut, mais néanmoins on essaiera toujours d'aller vers un consensus, même si parfois bien sûr, le consensus est un peu forcé par la hiérarchie. Mais tu as aussi toute une toute une ribambelle d'entreprises, ce qu'on appellerait des jeunes pousses, ce que l’on nomme la nouvelle économie où là on a des structures moins rigides où on a des gens qui ont décidé de ne pas travailler dans les grosses boîtes simplement parce qu'ils voulaient un petit peu leur liberté. Ils voulaient exercer différemment être plus libres de voyager, de travailler à la maison, de découvrir d'autres choses. C'est le monde en fait qui évolue, et si on interroge aujourd'hui des jeunes Japonais qui sortent de l'université ou d’écoles comme la nôtre l’ISG, on voit vraiment un attrait de plus en plus pour des entreprises ou la parole est plus libérée ou les structures sont plus souples ou on a plus de chance de réussite par ses talents et on n’aura pas un seul carcan de l'âge, du sexe ou de nationalité par exemple.

 

 

FD :  C’est peut-être un cliché de l'Occident quand on quand on regarde le Japon, on a cette image du Japonais qui travaille à Tokyo ou autre grande ville, qui passe 01h30  dans les transports pour retourner chez lui en banlieue et qui ne peut quasiment pas prendre de congés parce que c'est mal vu, donc qui passent essentiellement sa vie au travail et a très peu de temps à accorder à sa famille. Est-ce que c'est d'un cliché ou est-ce que c'est vraiment un peu comme ça ?

 

TC :  En fait si on raisonne en termes de valeur, les Français parlent souvent de vacances et le cliché inverse est que les Français travaillent entre leurs vacances.  Ici c’est vraiment le contraire. Je veux dire, les gens ont un travail le rôle de l'homme est le tenir le foyer, c'est de ramener l'argent à la maison, c'est être responsable pour les études des enfants, pour que le foyer tourne bien et donc souvent, l'épouse est inactive après le mariage, arrête de travailler et donc c'est vraiment la responsabilité de l'homme que de travailler et donc le travail représente une valeur beaucoup plus importante que celle qu'on peut avoir en France ou dans nos économies européennes, Cela étant dit. Je pense que le COVID a beaucoup aidé à ce que on repense aussi l'organisation du travail et donc aujourd'hui, il y a aussi beaucoup plus de gens qui, au lieu de faire votre comme tu l'as dit passaient 01h30 en train s'asseyaient et posaient l'ordinateur sur les genoux et encore travailler, vont maintenant décider de travailler 2 jours ou 3 jours sur 5 à la maison. Les entreprises sont plutôt accommodantes et donc on voit très nettement depuis quelques années, depuis les années COVID une réorganisation du travail et se créer ses habitudes où les gens maintenant allient à la fois travail depuis la maison et travail ce qu'on appelle Remote et travail sur place. Le Japon a un très faible taux de chômage. Les jeunes japonais sont aussi peut-être beaucoup plus enclins à aller vers des entreprises qui sont plus flexibles. On voit les choses changer, mais il est vrai que dans les grosses entreprises, pour celles d'équivalent du CAC 40 Français, c'est bien sûr le travail qui prime sur place, avec donc longues heures de voyage en train, mais ça change quand même.

 

 

FD :  Tu parlais tout là tout à l'heure de ton amour des paysages du Japon, certaines choses sont importantes dans la culture japonaise, notamment la botanique, l'art de cultiver…. Est-ce que toi tu es, tu t'es entre guillemets, japonisé dans tes activités ?

 

TC :  On a parlé du travail, mais la vie au quotidien japonais en fait, sont des loisirs orientés plutôt passions. C'est vrai que les Japonais vont avoir une passion pour un sport ou pour un passe-temps et ils vont y consacrer énormément de temps durant leur temps de loisir. Et tu as eu raison de dire au Japon il y a très peu de longues vacances, une semaine c'est une longue vacance en fait ici mais il y beaucoup de moments de petits jours fériés. Tu as une bonne vingtaine de jours fériés qui te permettent de prendre un ou deux jours autour. Ils vont donc se consacrer à un sport, vont au bord de la mer ou à la montagne, faire du trekking, du camping.  Ou alors ils vont vaquer à des activités plus citadines, ils vont faire du tango, du flamenco, apprendre une langue étrangère ou découvrir des cuisines un petit peu originales, les villes japonaises importantes représentent un foisonnement de culture. Je crois que tu peux trouver  toutes les cuisines du monde, tu peux très facilement voyager par le culinaire très facilement, et donc les Japonais vivent par leurs passions. D'autres sont passionnés d'opéra, d'autres de musique classique, d'autres d'un grand vin de Bordeaux, de Bourgogne ou NéoZélandais ……ils vivent leur passion jusqu'au bout. C'est assez marrant aussi de voir ces afficionados de leur passion, de leur culture, ils se retrouvent entre eux pour le partager, tu as même des apps où on propose aux gens qui ont partagent la même chose par exemple : venez découvrir avec moi des saveurs des mets restaurant éthiopiens de Tokyo et donc les gens se retrouvent comme ça autour d'une même passion, ce phénomène surprend. Je sais qu’en France aussi on a des clubs, des cercles où on peut sortir entre amis, mais ici c'est différent. On peut tout à fait dans le week-end, découvrir des choses, entre afficionados, faire 3 ou 4 coffee shop avec différents cafés, différents gâteaux. On va avoir des expositions donc il y a une vie artistique, culturelle astronomique.

 

 

FD : Si tu avais un conseil à donner à quelqu'un qui veut s'expatrier au Japon ? Quels seraient les premiers conseils que tu lui donnerais ?

 

TC : Alors je te parle avec mes 2 casquettes, celle de l'ancien ISG qui a choisi le Japon dans les années quatre-vingt et avec celle aussi de d'élu de la République à l'Assemblée. Il faut à tout prix avoir un projet quand on est au Japon. S’expatrier au Japon, c'est pas simplement parce que on aime les mangas ou que l' on aime le cinéma d'animation, ou on a rencontré une Japonaise, il faut venir quand même avec un projet, il faut y venir préparé.  Essayer d'acquérir des notions de la langue ou avoir peut-être le loisir pour étudier la langue pour plusieurs mois avant de se lancer dans la vie professionnelle, mais venir à l'aventure comme ça au Japon souvent vous tombez de haut et le Japon est quand même un pays qui coûte cher, même s’il est beaucoup plus abordable aujourd'hui. Louer quelque chose, trouver un travail, ce n’est pas évident quand on a des cultures qui sont complètement différentes. Donc venez au Japon, le Japon est toujours un pays très attrayant où on peut faire carrière mais venez avec un projet avec des contacts, goûtez à tout au Japon avec un Working Holiday ou avec un VIE ou encore avec un stage en entreprise. Et puis grâce à vos anciens, grâce à la solidarité des Français, des Européens, on vous aidera à trouver un job, mais ce n'est pas l'aventure. Tenter votre chance comme ça, sans rien, surtout sans aucun bagage c'est je pense très compliqué. Prévoir et et bien planifier son séjour au Japon voilà mon conseil.

 

 

FD : Enfin si tu avais un ou deux souvenirs de l'ISG à nous partager, quel seraient ils ?

TC :  Certainement. Le séminaire d'intégration à New York quand on a tous décollé. On était tous très excités de pouvoir arriver à New York voir les gratte-ciel devant Jack Forget qui nous faisait à chaque fois un grand show et de se dire qu’on devenait un peu des citoyens du monde. C'était absolument formidable. Et d'autres souvenirs….. Cela sera certainement le doyen Mader à qui je dois beaucoup, qui a su entretenir l'amour que j'avais pour la langue allemande et pour tout ce qu’ il a fait pour l’international , c'était  aussi un  exemple de droiture, d'ouverture, quelqu'un qui avec qui on avait plaisir à parler et donc oui de voyages, de projets, de belles rencontres. Et puis peut-être un dernier souvenir, en cycle national en dernière année, on devait faire un stage en entreprise et on a été plusieurs à se réunir et se dire, finalement, on va faire le stage de dernière année dans d'autres entreprises, donc on a créé une SARL qu'on a appelé Japase. Et on est allé voir des entreprises en leur proposant des études de marché. Ce qui nous intéressait, nous, c'était de couvrir le coût des avions, des hôtels, c’était une belle aventure, pouvoir voyager et rester dans un hôtel. Et c'est comme ça qu’ à cette époque-là, je suis retourné en Californie, mais également en Corée. Et c'est ça certainement qui m'a donné aussi le goût de de faire une carrière internationale après, donc cette SARL créée avec plusieurs des cycles 84 CC et 85 multi, ça a vraiment été une très belle aventure et d'ailleurs on reste tous en contact et on est tous passés dans beaucoup de pays, dans le monde.

 

Merci Thierry ! 

Florence 




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